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tristan56

TIME ZONE – Le Secret des Bartholons

Quel comédien !

Quand mon éditrice et mon éditeur préférés, au vu du succès, m’ont demandé d’écrire une suite à Time Zone, je me suis exclamé que bien sûr, avec plaisir, déjà plein d’idées, et tout et tout. Ce n’est pas beau de mentir… mais ça reste la base du métier de romancier, non ?

Après mon numéro d’acteur, je me suis gratté la tête durant des semaines, pris des quantités de pages de notes et finalement jeté mon dévolu sur Martine pour la promouvoir figure centrale de ce tome II.

Martine et Cèdre superstars !

J’ai toujours eu un faible pour cette vieille bique (vaguement inspiré de ma grand-mère) et plusieurs lecteurs m’avaient aussi fait part de leur affection pour le personnage. Tout est parti de cette anecdote qu’elle rapporte à Manon dans le tome I : lors de son premier Exil, Martine se retrouve face à son Curator, un dénommé Gardamo qui parle avec l’accent de Toulouse. Je me suis demandé qui était cet homme et quelle relation il avait pu entretenir avec une forte tête comme Martine.

Voilà.

Et puis, comme souvent, les idées ont coulé d’elles-mêmes. La rédaction du premier tome datant de 2011, il m’a semblé, moi aussi, avoir voyagé de longues années dans la Time Zone (qui serait notre monde réel) avant de retrouver de vieux amis à l’instant où je les avais quittés. En route, j’ai aussi rencontré Cèdre qui rejoint directement le panthéon de mes personnages préférés. J’adore qu’il soit tantôt ridicule et comique, tantôt énigmatique et charismatique.

SORTIE NATIONALE le 29 SEPTEMBRE 2018

L’alternance entre ordinaire et extraordinaire

Au final, cette histoire est assez différente de la première – et la troisième sera encore d’un autre genre –, mais en conservant quelques éléments fondamentaux du premier roman : une intrigue centrée sur Manon et David dont on partage les pensées en alternance, des scènes spectaculaires, des retournements de situation, des révélations, mais aussi des moments de la vie quotidienne que tous les adolescents peuvent connaître. Ce passage permanent de l’extraordinaire à l’ordinaire reste pour moi le véritable sel de cette série.

Les cinq personnages principaux de ce second opus !

Les remerciements d’usage

Je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement mes deux béta-lectrices, Julia et Maëlle. Elles ont accepté de recevoir le roman par tranche de vingt ou trente pages avec parfois plusieurs semaines d’attente entre deux envois. Un supplice que je leur ai fait endurer avec bonheur. Leurs remarques, leurs questions, leurs suggestions se sont révélées plus qu’utiles, elles ont sauvé cette histoire du naufrage plus d’une fois ! Merci encore à elles.

Viennent ensuite mes gamma-lecteurs (eux ont eu le droit à l’intégralité du texte d’un coup) qui m’ont souligné bien des points à préciser, voire à corriger. Donc, la bise à Énora, Hervé, Frédérique, sans oublier Linette et Laurette.

Merci aussi à Gilles, compagnon d’invention de toujours qui, pour le coup, n’a rien lu. Mais avec qui j’ai conversé fructueusement avant la rédaction de ce livre au moment d’en élaborer la trame (tout en suant sang et larmes sur son rameur). Mon ami, je t’embrasse.

Un petit mot aussi pour Erwan. J’ai regretté bien des fois que tu ne sois pas là pour discuter de toutes les possibilités de la Time Zone. Je sais que tu aurais été l’homme de la situation pour exploiter au mieux ce drôle d’univers. Malheureusement…

Je ne pense pas à toi que quand ton esprit retors et inventif me fait défaut, mais tout de même ça m’arrive souvent. En l’absence de ton concours, j’ai renoncé à intégrer des règles de Kata dans ce récit (ceci est la plus ultime des private joke puisque la seule personne à même de la comprendre n’est plus de ce monde !).

Bonne lecture…

Sept jours pour survivre

Lu et approuvé !

Sept jours pour survivre

Tout est dans le titre, pas de tromperie sur la marchandise : on va en baver. Ici on se fait enlever, séquestrer, torturer (psychologiquement), on manque de se faire violer, de périr manger par un ours, de se prendre des coups de pelle, de s’engloutir dans un lac à moitié gelé, on rampe dans la neige, on déchiquète une grive avec les dents dans un besoin irrépressible de protéiner son régime alimentaire, on appelle la délivrance de la mort dans l’engourdissement glacial du Grand Nord.

Super, la joie.

Nathalie la pimpante

Comment imaginer en rencontrant Nathalie Bernard, œil étincelant de malice, sourire qui ne demande qu’à virer au rire, qu’elle puisse prendre un soin si méticuleux à faire endurer les pires tourments à son héroïne ? « Quand ton personnage est à terre, frappe-le. » dit l’adage du bon scénariste sadique. Elle applique avec brio ce précepte et me glace le sang au passage. Je la revois décortiquer avec gourmandise ses langoustines au salon du polar du Goéland Masqué. Brrr… un frisson rétrospectif me gagne.

Nous participions à la même table ronde autour de « l’écriture noire » pour les adolescents. Chacun présente ses ouvrages se rattachant au genre : Time Zone pour moi, Sept jours pour survivre pour elle. L’idée est si simple : une jeune fille après avoir échappé à son ravisseur doit survivre dans le Grand Nord des jours durant en slalomant entre les ours, les loups, la faim, le froid. Pas pour moi ce genre d’histoire, pensai-je. Nathalie raconte alors qu’en travaillant à l’écriture du roman, elle en a appris beaucoup sur les Amérindiens et le racisme dont ils sont les victimes encore aujourd’hui.

Bingo, ce n’est toujours pas pour moi, mais pour ma fille ! Cette histoire de survie qui traite de la thématique du racisme, on nage en plein dans ses centres d’intérêt actuels. J’achète l’ouvrage, le fais dédicacer, poursuis la discussion avec Nathalie après la table ronde. On parle écriture, tambouille d’écrivain et fantasme de l’isolement pour travailler tranquille. Madame possède une cabane rien qu’à elle pour se retirer du monde et composer ses romans dans la quiétude d’un fond de jardin. Comme je l’envie !

Nita la survivante

L’histoire pourrait en rester là. J’offre le livre à ma fille qui se l’avale en moins de vingt-quatre heures et ne cesse de m’en parler durant une semaine (l’idée me vient d’écrire : « Sept jours pour survivre au compte-rendu de lecture de Sept jours pour survivre »). Elle me tanne pour que je le lise à mon tour, je cède et comprend vite son engouement : la construction (faussement simple), la prose rapide, économe et efficace, la façon de brosser à gros traits les personnages pour les rendre attachants sans ralentir l’action, tout cela donne une lecture tout à fait plaisante et prenante.

Je n’affectionne pas le genre, je l’avoue, mais comme la cible est ici le lectorat ado on évite certains passages complaisants dans le trash ou le sordide qui n’auraient pas manqué d’émailler le récit s’il avait été destiné à un public adulte. Ici, le pire est suggéré (ce qui est toujours préférable, on s’épuise à le dire) et l’auteure trouve une multitude de petites choses pour montrer le froid, l’épuisement, le découragement, la douleur. Chaque scène fait mouche, comme ce court passage où l’héroïne fait pipi dans la neige et comprend, devant les difficultés rencontrées, qu’elle est au bout de ses forces morales et physiques.

Le suspens tient jusqu’au bout avec au passage des pistes de réflexion qui s’ouvrent ci et là que le lecteur est libre de prendre ou de laisser de côté. On y parle de l’adolescence, du racisme, de l’atavisme, de la culpabilité, de l’accomplissement de soi, de l’importance des origines… Nathalie Bernard pose aussi une question morale fascinante et glaçante à travers tout un passage du roman (celui qui m’a le plus accroché) : doit-on sauver la vie d’un salaud si on le peut ? Doit-on le faire au péril de sa propre vie ? Est-ce que je deviens moi aussi un salaud si je le laisse crever ? Je vous laisse cogiter et vous encourage à lire Sept jours pour survivre pour nourrir votre réflexion !

Brrr...
Prévoir un bonnet et une écharpe !

Portraits des P’tits Cirés

LES P'TITS CIRÉS - petite présentation...

https://www.tristan-pichard.fr/les-ptits-cires/CHACHA

La grande sœur. Elle adore chanter sous la pluie, jouer la grande, dévorer des clafoutis aux abricots…

Elle possède un don particulier : elle imite la voix des adultes à la perfection (surtout celle de maman). Elle est courageuse quand il s’agit de descendre dans la cave de Tadé, elle est impitoyable quand il faut canarder son frère avec des noyaux de cerises, elle est curieuse quand il faut étudier les petits poissons au fond d’un trou d’eau, elle est astucieuse quand elle déguise l’épouvantail de Tadé avec son ciré pour faire croire qu’elle est dans le jardin.

Pour tout savoir sur les P’tits Cirés, c’est ici !

BEN

Le petit frère. Il aime danser les pieds dans l’eau, faire des farces, trempouiller des crevettes dans de la mayonnaise.

Ben est le plus petit de la famille, mais un jour il sera le plus grand ! Il dépassera même papa. Ben se montre espiègle quand il se déguise en fantôme pour effrayer sa sœur, il est patient quand il chasse la sauterelle, il est intrépide quand il combat les pirates sur l’île crevette, il est malin quand il se glisse dans sa chambre sans que Tadé ne le voit.

Pour tout savoir sur les P’tits Cirés, c’est ici !

TADÉ

Le grand-père. Tout simplement le meilleur Tadé du monde, c’est Ben et Chacha qui le disent.

Tadé sait réparer les mobylettes, cueillir les champignons, lire l’heure juste en regardant le soleil, pêcher tout un tas de trucs dans les rochers (même des choses dégoûtantes qu’il est le seul à manger). Surtout Tadé, c’est un grand pas comme les autres. Il couvre Ben et Chacha quand ils font des bêtises, et même que dès fois, il les aides à en faire !

Pour tout savoir sur les P’tits Cirés, c’est ici !

Ankou, interview exclusive !

En direct de chez l’Ankou

Malaimé, déconsidéré, ostracisé diront certains, l’Ankou n’a pas la côte. Pourtant, à l’occasion de la sortie de « Nouveaux Contes traditionnels de Bretagne », c’est en toute décontraction que ce personnage de légende nous a reçu chez lui. Loin des clichés, il nous présente son quotidien, ses failles et son combat pour une mort plus éco-responsable. Militant l’Ankou ? Il n’aime pas le mot et préfère se dire « concerné par l’avenir de la planète ».

Un monsieur-tout-le-monde

Notre Journal : Alors, nous voici dans l’antre de l’Ankou. Beaucoup fantasment sur votre « chez vous » et pourtant ici, tout est normal, ou presque !

L’Ankou : Oui, on pense souvent que je vis dans une grotte ou dans une maison en ruine, mais j’apprécie mon petit confort. Les journées sont longues, je travaille souvent de nuit, même en hiver et retrouver mon poêle à granules en revenant à la maison, c’est un luxe dont je ne me priverais pour rien au monde.

La biographie officielle de l'Ankou

Notre journal : Chacun comprend que vous jouez la carte da la proximité, mais les mauvaises langues disent y voir un plan de com savamment orchestré ? Votre demeure est certes celle de monsieur-tout-le-monde, pourtant quand on jette un œil au garage, on peut y voir votre charrette et votre cheval ?

L’Ankou : Il y aura toujours des gens pour dire du mal, mais dans un monde surpeuplé comme le nôtre, heureusement que je suis là ! Pour ce qui est de Poopy, il fait partie des indispensables de la profession. Il a été envisagé de remplacer le chariot par une ambulance ou un corbillard, mais les gens sont attachés aux traditions quoiqu’ils en disent (et à mon sujet, ils en disent !), alors Poopy est resté.

Tout sur Poopy, le cheval de la mort

Notre Journal : Pourtant les protecteurs des animaux trouvent à redire sur la manière dont vous traitez votre cheval, Poopy. On parle de sous-nutrition, de journées harassantes et même d’agressions !

L’Ankou : Oui, il y a des incidents parfois. Certains clients se rebiffent, cela arrive de plus en plus souvent et une ou deux fois quelqu’un a voulu s’en prendre à Poopy. C’est malheureux, mais que voulez-vous ! Je condamne ces comportements inappropriés et demande avant tout à faire mon métier. Les gens devraient faire preuve de plus de civisme. Comme je dis toujours : « mourir, c’est aussi sourire ». En tout cas, j’adore Poopy, il m’accompagne depuis des siècles maintenant, je prends vraiment soin de lui. Je sais qu’il a l’air famélique et en mauvaise santé, mais c’est pour l’atmosphère et le decorum. Toutes ces histoires de mauvais traitements sont très exagérées.

Un homme qui vit ses passions

Notre Journal : Vous n’avez pas beaucoup de temps libre, on s’en doute, mais quels sont vos hobbies dans la vraie vie ?

L’Ankou : J’étais mordu des échecs ! Je jouais dès que j’avais une minute, y compris avec des clients. Mais je suis comme tout le monde, depuis que j’ai un abonnement Netflix, je passe ma vie devant des séries. Je suis accroc ! J’aime beaucoup les comédies comme Walking Dead, des trucs positifs qui vous mettent de bonne humeur. Quand on voit le monde dans lequel on vit : on ne vous parle que d’espérance de vie, de vaccins, d’humain augmenté ! Il faut bien se remonter le moral.

 

 

Du fun avant tout !

L'Ankou en plein travail, Poopy est visible à l'arrière-plan

Notre Journal : nos lecteurs l’ignorent sans doute, mais vous militez pour une mort éco-responsable.

L’Ankou : Oui, c’est mon combat. Mais je ne suis pas un militant, non. Moi, je suis pour la prise de conscience, pas pour la prise de tête. L’avenir du monde et de l’humanité me concerne, mais je ne veux pas plomber les gens en leur parlant nappes phréatiques et cercueil en carton. Non, la mort c’est fun ! Voilà mon véritable message : la mort, c’est fun !

Merci à vous, j’espère que les gens auront appris à mieux vous connaître. Je vois que les affaires reprennent, vous vous saisissez de votre faux. Un client peut-être ? Pourquoi est-ce que vous me regardez comme ça ? Monsieur l’Ankou, monsieur ? Non, mais vous n’êtes pas sérieux, laissez-moi tranqui….

TIME ZOOOOONE, une looooongue histoire

Où je quitte le port…

Navigation houleuse, souvent. Mais jamais autant qu’avec ce roman ! Première traversée à destination des adolescents, c’est par Time Zone que je quittai les rivages de la série Magicus Codex après deux ans à pêcher dans les trous d’eau, coup d’épuisette après coup d’épuisette, les rocambolesques aventures de la petite Fantig.

L’étape était importante : mes trois premiers bouquins venaient de paraître et je quittais la terre ferme avec le projet fou de vivre de ma plume ! Sacrebleu, ce garçon est inconscient ! Fini le cabotage, je prenais la haute mer, vent pleine face ! Mon bagage d’écrivain était maigre, tout juste si je savais filer les métaphores marines. Il se pouvait qu’au final, mon bâtiment prenne l’eau.

Mon premier ordinateur portable sous le bras, je découvrais la joie d’écrire dans le train, les bistrots et les parcs publics sans avoir à retaper mon manuscrit une fois de retour à la maison. Je sentais mon sujet et m’amusais comme un fou. J’étais persuadé de tenir quelque chose ! Avec une intrigue pareille, ça ne pouvait que cartonner !

Mon premier ordinateur portable
Elle ne peut plus décrocher !
Didi dévorant Time Zone en avant-première

Où je coule par le fond…

Devenir écrivain, c’est noircir du papier ! Devenir écrivain, c’est trousser des rebondissements ! Devenir écrivain, c’est apprendre les figures de style (ici l’anaphore) ! Mais c’est aussi faire chou blanc à publier sa prose. Le texte de Time Zone s’est perdu dans une cinquantaine de maisons d’édition, il s’est égaré sur des bureaux surchargés, il s’est vu parcouru, feuilleté et même parfois lu dans son intégralité, pour ne susciter le plus souvent qu’une réaction désintéressée. Quelques éditeurs m’ont pourtant gratifié de retours autres que la sempiternelle lettre de refus type, des « oui, mais… », des « pas mal, persévérez… », des « bonnes idées, mais trop de métaphores marines… » On y gagne en humilité.

 

Où j’enchaine les abdos et les pompes…

Il fallait rebondir, se remettre en forme, travailler son foncier ! J’avais de nouveau l’idée du siècle pour un roman ado ! Finalement, ce truc avec des gens nés un 29 février qui commettent des meurtres ou qui empêchent que l’on commette des meurtres, c’était nul ! Ce qu’il fallait faire, c’était un truc de capes et d’épées avec comme toile de fond la grammaire française et la réforme de l’orthographe ! Décidément, ce garçon est un inconscient !

Le manuscrit de Time Zone a donc rejoint le dernier tiroir de mon bureau, en bas sur la droite, celui où j’abandonne des textes pour ne plus jamais les ressortir.

Fin de l’histoire.

 

Sauf que ! Sauf que l’idée avait tout de même plu à quelques-uns, et ces quelques-uns m’ont donné des conseils pour affermir le ventre mou qui ondulait flasquement de la page 80 à 120, pour muscler la fin, pour galber le style (fini les métaphores marines systématiques, je me lançais dans la métaphore athlétique et sportive : ventre mou, muscler, galber et tutti quanti…). C’est ainsi que le manuscrit s‘est évadé à plusieurs reprises du tiroir de la honte pour subir des corrections multiples et variées : un papa caché en plus, une histoire d’élection oiseuse en moins, une grosse explosion pour l’action, une histoire d’amour pour l’émotion.

Voilà pourquoi, imaginé et rédigé en 2011, revu une première fois en 2013, une deuxième en 2016 et une troisième en 2017 (la version à paraître est notée V7 dans mon dossier informatique) et après s’être appelé successivement : « 7h41, le temps s’arrête », « L’exil des Bartholons » et « Nés un 29 février », TIME ZONE ne voit le jour qu’aujourd’hui !

 

Où l’on remercie à tour de bras…

Dans l’ordre chronologique, voici celles et ceux qui m’ont aidé à parfaire cette histoire où il est question de temps figé, de service de tennis, d’hennin et d’hypocras :

– Maina, Alwena, Louis, Diane, Aline, Bleuenn, Nadia et Léna !

Et merci aux quatre Fantastiques de Locus Solus : Sandrine, Hélène, Julia et Florent qui, une nouvelle fois, ont fait un travail incroyable pour améliorer le texte ! J’ai particulièrement apprécié quand il a été question d’ajouter deux péripéties importantes au dernier moment ! Quarante pages à réécrire en trois jours ! Oui, je peux le faire, mais que ça ne devienne pas une habitude ! J’ai bien kiffé aussi la relecture intégrale du manuscrit au téléphone la veille du départ chez l’imprimeur, (mon oreille en est encore rouge). Il n’empêche que sans eux et sans ce labeur acharné et fébrile, je ne serais pas aussi fier de vous présenter aujourd’hui ce satané bouquin qui encombre mon esprit depuis maintenant six ans !

Bon débarras, pour moi… et bonne lecture, pour vous !

 

 

un livre à dévorer...
220 pages, 9€90

Contes et Légendes de Paris

Contes et Légendes de Paris

Un patrimoine de l’imaginaire à part

La grande ville, ça ne marche pas pareil en ce qui concerne les contes et les légendes, peu des premiers et beaucoup des secondes. Surtout, ici, l’Histoire s’insinue partout dans nos histoires, le grand H est toujours visible derrière les petits. Quasiment chaque récit se rapporte à un règne, ici Charlemagne, là-bas Napoléon III, et à un lieu, en haut la Tour Eiffel, en bas les Catacombes.

Et cela change tout !

Après avoir sillonné la côte pour pêcher des fables et couru les champs pour cueillir des fantaisies, ici il faut arpenter les venelles et les rues. La mémoire des grandes villes, avec ses populations changeantes, ses guerres et ses révolutions, ne fonctionne pas comme celle de la campagne.

 

L'escroc de la Tour Eiffel !

Des origines aux mythes urbains

À la question des légendes parisiennes, on ne peut s’éviter celles dites urbaines (et deux alexandrins de cuisine en prime). Et c’était un des attraits du projet : parler de la modernité et des délires d’imagination qu’elle suscite : les métros fantômes, les rave-party dans les catacombes, les ombres de la guillotine perdues dans la brume… Des « il était une fois » qui n’ont pas la même tête que les autres.

Une collaboration au long cours

Avec Locus-Solus et l’ami Loïc, c’est une quête sans fin de nouveaux contes qui nous anime. Notre credo : faire découvrir et moderniser sans altérer. Après la Bretagne, la mer, le roi Arthur et Paris, qui sait quelle nouvelle destination sera la nôtre ? La mythologie grecque, des aventures de pirates, des légendes horrifiques ? Aucune décision prise à ce sujet pour le moment, mais ne craignez rien : nous reviendrons avec dans notre besace de nouveaux récits !

Contes et Légendes de Paris

Illustraté par Loïc Tréhin / édité par Locus-Solus

160 pages / 5€90

Lu et approuvé : Le cueilleur de rêves…

Lu et approuvé :

Le Cueilleur de Rêves

DE PASCAL MILLET

COLLECTION « NO BORDER » chez SIXTO

Un gars chelou

Pascal Millet, comme ça, de loin, il fait mec pas net. Vous voyez, genre faux tendre qui n’hésitera pas une seconde à vous faire déguster si vous le cherchez de trop près. On le sent même vicelard à l’occasion, méchant, sans états d’âme. En gros, un sale goût dans la bouche le temps de lui tendre la main parce qu’il faut bien. Question de politesse. Puis il vous saisit la pogne, balance son sourire et vous comprenez de suite que vous vous êtes planté sur toute la ligne.

Pascal Millet

Une vraie tête de tueur

Un coup de marlou

Mais cette seconde impression est-elle la bonne ? Car le bonhomme est écrivain, vit dans les Côtes-d’Armor, aime boire du calva dans des bars bruyants, trois raisons de se méfier de nouveau. Votre cœur balance : faut-il baisser la garde ou tendre la joue ? Et puis son bouquin, maintenant que bon gré mal gré vous êtes plus ou moins devenus potes, il va falloir le lire. Délicate mission, surtout quand c’est du mauvais. Ça arrive. Pour ma part, je n’encourage jamais les confrères à lire ma prose. Alors, dans le train, quittant Rennes après le salon La Vilaine était en Noire, je me retrouve avec ce sale boulot devant moi : me taper les 284 pages du Cueilleur de Rêves.

Un bouquin de filou

Estampillé, à partir de 15 ans, la couverture fait dans le froid neigeux et la doudoune à capuche qui inquiète. Qui c’est ce cueilleur de rêve ? Ne lui ouvrez pas votre porte, précise le sous-titre. C’est un peu convenu, non ? Je ne lis jamais les quatrièmes de couv, c’est un principe. Je n’en saurais pas plus. Tourner les premières pages, dédicace (à Nadine) et citations d’usage (de Benchetrit et Hugo), je le sens moyen. Un pressentiment, comme ça. Puis ça débute par :

« J’ai tout fait, tout vendu. Je suis monté chez vous et j’ai frappé à votre porte, à celle de votre voisin. J’ai attendu sur votre palier, suis revenu plusieurs fois à différentes heures sans parvenir à vous rencontrer. J’ai insisté, sonné, cogné et finalement compris que jamais vous ne m’ouvririez, que vous n’en aviez rien à faire de ce que je pouvais vous proposer. »

Une nouvelle fois je m’étais planté sur toute la ligne.

Une intrigue de vieux grigou

Alors, pas mon genre de trop dévoiler de quoi il en retourne, ça pourrait gâcher la découverte. Vous pouvez aussi traduire cette dernière phrase par : je ne vous spoilerai pas l’histoire de peur d’impacter votre lecture. Mais entre nous, cette succession de mots me vient assez difficilement sous les doigts. Pour faire dans le bref, Lucas a un job bizarre : il enregistre les rêves pour en faire des films. Sauf que derrière tout ça y a une entreprise japonaise louche, et pas mal d’ingrédients qui a priori n’ont rien à faire ensemble : une sorcière vaudou, des jumeaux Indiens adeptes de comptabilité et de comics, un poète oiseux, un type qui se prend pour une araignée, un chat sans nom, Roméo et Juliette qui ont perdu la tête (pour de vrai et pas par amour), un mafieux retors et un junkie en haut de forme, une fille armée d’un fusil et une autre encore plus fatale que ça. Un joyeux bazar dans lequel on ne se perd pas une seconde. Le sourire en coin n’est jamais loin et certains passages évoquent un William Burroughs adapté aux lycéens. Genre déglingue, mais tout public. Un tour de force. Ça ne va jamais là où on pense que ça va (mal) aller. Onirique et glauque, cauchemardesque et farceur. Quel lascar, ce Pascal. Encore une fois, il m’a eu.

J’en suis même pas à la moitié !

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De l’idée au livre

De l’idée au livre

Il faut bien le reconnaître, un des aspects les plus fascinants quand on écrit des livres est d’assister à cette interminable, chaotique, et parfois douloureuse, mutation d’une idée volatile en une masse de papier et de carton d’environ 200 grammes pour un poche, 600 pour un album grand format.

publication d'un livre

Réservoir à livres, aussi appelé « Bibliothèque ».

Du lézard à la chimère

Au début, c’est un lézard squelettique et immobile qui prend le soleil aux abords d’une anfractuosité de ton cerveau. Un mouvement trop brusque et l’animal disparaît dans les obscurités de ton cortex préfrontal pour ne jamais en ressortir. À la fin, la chose se présente sous la forme d’un parallélépipède plus ou moins épais (jusqu’au pavé indigeste) qui possède le caractère pratique de se ranger aisément sur une étagère. Mais ce n’est pas son unique qualité, car – Ô magie ! – si un autre que toi vient à l’ouvrir, il y retrouvera le lézard métamorphosé par tes soins (et ceux de l’illustrateur, de l’éditeur, du maquettiste, du photograveur, de l’imprimeur…) en une chimère aimable et accessible, un enchantement de personnages, d’actions et d’émotions qui vivront dans son esprit comme ils ont vécu dans le tien. De la télépathie en quelque sorte.

Le boulot de l’auteur

Le germe, l’idée, l’image séminale qui préside à l’ensemble paraissent souvent prosaïques et parfois très éloignés du résultat final. Umberto Eco raconte que sa première vision du Nom de la Rose fut celle d’un moine s’humectant les doigts pour tourner les pages d’un lourd volume. Ici, point de meurtre, d’enquête policière, de Guillaume de Baskerville ou de Rose farouche s’amourachant d’un moinillon dans les cuisines de l’abbaye.

Une fois cette idée survenue, identifiée, et déterminée comme assez puissante pour justifier le long travail à suivre, les choses sérieuses commencent. Surtout, ne pas se caler devant son écran pour se lancer tête baissée dans la rédaction ! Grave erreur que commettent souvent les novices enthousiastes. Non, il faut d’abord élaborer, concocter, intriguer, imaginer des ingrédients imprévus. Un roman ne revient pas à saisir un morceau de bidoche (même s’il existe des exemples), mais le plus souvent à mitonner un ragoût qu’il est bon d’oublier sur le feu à l’occasion.

Ensuite, une fois ta tambouille au point, reste à bien la présenter dans l’assiette, donc à en rédiger une version littéraire avec des mots qui se suivent jusqu’à faire des phrases, des paragraphes, des chapitres et tutti quanti. Il est possible d’y mettre beaucoup d’art et de patience (on appelle ça faire du style), il est aussi possible d’opter pour un cornet en papier et une grosse dose de mayonnaise (on dit alors pudiquement que l’auteur s’efface devant son histoire). Quoi qu’il en soit, la partie n’est pas terminée. Enfile ton costume et fais ton entrée en salle !

Contrairement au restaurant, ici, les clients (aussi appelé éditeurs) ne commandent pas toujours leur menu à la carte. Il te faut circuler au milieu des tables, croisant de multiples confrères eux aussi en toque et tablier blanc. Chacun évolue, avec un air de décontraction qui ne trompe personne, son plateau fumant à la main en espérant qu’une table, suffisamment alléchée par le frichti, en vienne à vouloir mirer le plat de plus près. Peut-être sera-t-il au goût de ces messieurs (et dames, nombreuses dans l’édition), certainement te demanderont-ils d’ajouter un peu de sel ou de poivre, de ceci ou de cela (ou même de te séparer de cette pomme de terre – un personnage, une scène, un chapitre – que tu as cuisinée avec amour, mais jugée inutile dans l’assiette). Voilà, tu vas être publié.

lecteur

Un lecteur en pleine séance de télépathie avec l’auteur

Nous n’en sommes qu’à la moitié

Il n’est pas rare qu’une année ou plus s’écoule entre le moment où un manuscrit est accepté et le jour glorieux où ton ouvrage ira rejoindre les étalages des libraires (à peine moins que le temps qu’il mettra parfois à succomber sous les coups du pilon des invendus). Dans ce laps de temps, beaucoup de personnes vont se pencher sur le berceau de ton bébé, autant de fées dispensant leurs dons. L’éditeur d’abord, qui contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, n’est pas un sinistre personnage tout juste bon à se faire du beurre sur ton Grand Œuvre (quand il ne s’avise pas de le passer sous les bistouris esthétiques de l’air du temps pour le changer en un vulgaire roman de plage putassier). L’image est fausse. Un éditeur est avant tout ton premier lecteur, il défend la plupart du temps avec conviction ton travail (il existe des contre-exemples) et s’il demande des modifications ce n’est jamais sans raison. Il concourt à l’amélioration de la qualité de ton livre, et souvent y parvient. Ceux qui prédisent la fin de l’éditeur traditionnel grâce au développement de l’autoédition nous promettent un monde où l’immense majorité des romans seront moins aboutis, moins fouillés et donc moins bons. Au passage, je ne voudrais pas laisser croire que les maisons d’éditions font toutes office de bonnes œuvres pour écrivains en mal de publication. La rémunération est parfois l’objet d’âpres conflits dont l’auteur sort rarement vainqueur.

Vient ensuite, dans le cas particulier de la jeunesse, l’illustrateur. Collaboration le plus souvent heureuse et chaleureuse entre soutiers du livre pour enfants. Ici, la modestie est de mise, comme la passion et la persévérance. La reconnaissance et les revenus sont faibles, l’avenir parfois incertain et, quoi qu’il en soit, laborieux. Avouons que ça pousse à la camaraderie.

Puis viennent les petites mains (tout aussi indispensables que dans la haute couture) : graphiste, maquettiste, photograveur qui travaillent à la conception de l’objet, l’imprimeur qui le fabrique. Puis les autres, encore plus anonymes (en tout cas depuis l’isolement de ton bureau), le diffuseur, les commerciaux… et jusqu’au type qui va transporter ton bouquin ! Haleine parfumée au café, il fait signer son reçu avec un geste d’impatience – il n’a pas que ça à faire – après avoir déposé un tas de cartons dont il se fiche bien de savoir qu’ils contiennent quelques exemplaires de ton précieux travail. Machinerie obscure qui a pour résultat qu’un jour tu reçois un SMS de ta tante ou d’un ami d’enfance avec photo mal cadrée d’un rayonnage où trônent tes opus : « En vacances dans le Jura, devine sur quoi je tombe ! »

La chaîne se poursuit : les libraires (incontournables, il faudra en reparler), les maîtres d’école, les bibliothécaires, et jusqu’aux lecteurs ! « Tu devrais lire ça, c’est vachement bien ». En fait, si c’est beaucoup ton bouquin, c’est aussi un peu le livre de plein de gens. Et c’est très bien ainsi…

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La 3000ème dédicace !

La 3000ème dédicace !

Le week-end dernier, sans même m’en rendre compte, j’ai dédicacé mon trois-millième livre depuis 2011 et la parution de Plume-Rouge & Poilvert. C’est une fois chez moi, en faisant mes comptes, que j’ai réalisé le cap symbolique qui venait d’être franchi ! Du coup, je n’ai pas immortalisé le moment et la photo qui accompagne cet article date déjà (ce qui permet de dissimuler la flambée de cheveux blancs dont je suis victime depuis quelques mois). En dédicace, j’ai toujours un petit carnet avec moi pour noter mes ventes. Histoire de passer le temps et de savoir ce qui plaît ou non. Par exemple, je peux vous dire que John Dœuf est de loin mon hit avec 1273 signatures !

seance de dedicace avec tristan pichard auteur jeunesse

Concentré, le gars !

Du contenu, toujours du contenu…

Pour le contenu même de la dédicace, il faut avouer une certaine paresse en l’absence d’échanges avec la personne qui prend le livre. J’ai en réserve un certain nombre de formules types en fonction des ouvrages. Après, quand un dialogue s’engage avant la dédicace et que l’on discute un peu, il devient possible de se fendre d’un petit mot plus personnel. Surtout quand ce sont les enfants qui causent. Malheureusement, c’est rarement le cas. Les plus gros acheteurs sont les grands-parents (et les maîtres d’école) qui veulent offrir un cadeau un peu original pour un anniversaire ou un Noël. Souvent quand les gens viennent en famille, on parle plus avec les grands qu’avec le petit qui (au choix) n’a pas son mot à dire, s’ennuie, est timide, veut rentrer à la maison pour jouer à Minecraft, préfèrerait avoir un livre de Christophe Boncens (mon voisin sur la photo, regardez comme il est beau) mais papa trouve que ça fait trop bébé et qu’à huit ans, quand même, ils pourraient lire des livres sans images !

L’exercice n’a rien de fastidieux pour peu qu’il y ait un peu de passage. Attendre des heures le chaland est vite rasoir. Quand on passe le plus clair de son temps face à un traitement de texte à tourner des phrases et des intrigues, avoir un peu de contact humain est le bienvenu. Sans compter que les rencontres sont le plus souvent agréables, et parfois très drôles. À ce propos, une anecdote.

L’anecdote qui tue…

Nous étions une petite bande d’auteurs dans un salon assez peu fréquenté. Je préfère taire le lieu pour ne pas peiner les organisateurs qui s’étaient donné du mal. Et les visiteurs arrivaient au compte-goutte et, qui plus est, achetaient fort peu. Pour tout dire, c’est une des rares fois où je n’ai dédicacé aucun livre de la journée ! Aussi le moindre nouveau venu était épié par mes confrères et moi-même dans l’espoir d’une touche éventuelle. Arrive un couple, la cinquantaine, pull Armor Lux pour elle, chemisette Ralph Lauren pour lui. Un frémissement avide secoue notre petite troupe endormie par l’inaction. Madame s’arrête, feuillette, repose un ouvrage, puis un autre. Puis, change de table. Le premier d’entre nous (Jean-Luc Istin pour ne pas le nommer) accuse le coup. C’est raté pour lui. La dame poursuit son avancée, picore encore quelques titres, parcourt une quatrième de couv, ouvre un livre pour le reposer aussitôt. Le second d’entre nous retient son souffle (qu’il m’excuse, je ne me souviens plus de son nom).

Pendant ce temps, monsieur avance sans faire d’arrêts au stand. Il survole du regard les tables, sans un mot. Il arrive enfin à la mienne et marque un temps d’arrêt. Son regard s’éclaire d’une petite lumière et se pose sur la Fête du Solstice, le quatrième tome de la série Magicus Codex. Mes comparses, aguerris aux salons du livre, repèrent évidemment ce signe indubitable d’intérêt. L’homme s’approche, saisit le bouquin, jauge la couverture un instant. Puis, au désespoir de Loïc Tréhin qui se trouvait sur la troisième table où madame compulsait distraitement un de ses ouvrages, il fait signe à son épouse. Elle rejoint son mari avec une mine curieuse. Sans doute est-ce elle qui a insisté pour venir se perdre dans ce salon désert un dimanche après-midi, que peut-il bien vouloir lui montrer. L’homme tapote la couverture du livre avec un air entendu et déclare : « C’est ce bleu qu’il faudrait pour la salle de bain ». Et ils s’en sont allés. Mes compagnons d’infortune se sont bien moqués de moi et une nouvelle fois je me suis consolé en me répétant que ce genre de petites humiliations forgent le caractère.

la fete du solstice tristan pichard

Magicus Codex, un véritable nuancier pour votre intérieur.